26.11.05

Le Bazar de mon Grand-père



En me réveillant ce matin, j'aperçois ma fille devant son PC en train d'écouter la dernière chanson de son "manga" préféré, qu'elle vient de télécharger, heureuse et épanouie par la magie du net et de la télévision par satellite, elle exulte. Moi, encore dans les "vapes " après une soirée arrosée modérément, mais je suis fatigué, car je n'ai plus vingt ans. Je m'habille et sors pour un rendez-vous prévu dans une demi-heure. Arrivé au café, je me plonge dans un magazine, en attendant El Hadi, un copain, mais aussi un grand professionnel dans la finance, avec un carnet d'adresses que même le dernier cri des téléphones portables ne pourrait contenir.


Bref ! Je devais, entre autres, lui demander conseil pour aider mon petit frère à s'en sortir avec une banque très populaire qui lui réclamait, le triple du montant qu'il lui avait emprunté pour terminer ses études (intérêts compris, ça va de soi!). Pour infos, la mensualité des remboursements qu'il aurait à faire pendant neuf ans dépasse la moitié de son salaire de jeune arrivé dans la vie active. Alors, Adieu voiture, appart décent et plans d'épargne au cas où une fille lui tournerait la tête! Je voulais juste savoir s'il y avait moyen de négocier quelque chose avec la banque pour lui éviter l'étouffement prématuré et le regret d'avoir voulu faire des études supérieures pour se retrouver au bout du compte, à travailler dans une banque pour rembourser l'autre. En même temps, je me dis que moi, comme ceux de ma génération, on est passés "f'ddou". Il est déjà 12h30 et mon copain n'est pas encore arrivé, je suis déjà à mon deuxième café, mais je ne m'impatiente pas. On est samedi, un des rares week-ends où je ne travaille pas, alors cool Raoul, rien ne presse! Dehors, il fait gris, et la pluie semble accorder une petite trêve aux piétons qui commencent à émerger de leurs abris de fortune pour vaquer à leurs occupations, en attendant une autre averse. Et moi, je repense à cet instant intense, revoyant ma fille définitivement connectée. Puis ayant fini de lire une interview surréaliste de Yassine ZIZI avec le comédien abdellah DIDANE que je vous recommande chaudement, mes pensées ont fait un bond en arrière de 30 ans, du temps où même pour avoir le téléphone à la maison il fallait être pistonné, du temps où la meilleure manière de rester connecté était de rejoindre mon grand-père dans son Bazar l'après-midi du vendredi, pour écouter les discussions entre lui et ses amis venus le rejoindre à ce rendez-vous hebdomadaire, institué par lui depuis des années, ils commentaient ensemble l'actualité de la médina et se risquaient à débattre de sujets plus généralistes, en essayant de refaire le monde à leur manière. L'ambiance était solennelle dans une grande maison convertie en Bazar pour épater les touristes en quête d'un Kilim rare ou d'un pur Tapis R'bati. Lui s'était approprié une des pièces qui donnaient sur une magnifique fontaine au milieu de l'esplanade principale de la maison. C'était son bureau, soin coin de sieste et sa salle de réception. Il laissait ses convives en plein débat d'idées pour aller voir des clients qui venaient de rentrer avec leur guide, et s'assurer que celui-ci est, non seulement un officiel, mais qu'il est honnête! Et dans un français impeccable, il leur taillait la bavette, leur racontait l'histoire séculaire du Palais AL MANSOUR (c'est comme ça qu'il avait baptisé son Bazar, en référence à l'une des plus célèbres portes de la ville qu'avait construites le Roi Moulay ISMAÏL). Puis, avec une aisance déconcertante, il leur brossait le CV du tapis, de la porte antique ou du pouf authentique, sans jamais parler argent, à tel point qu'à la fin, payer leur nouvelle acquisition n'était plus qu'une formalité. Et le plus important pour ces touristes, était désormais de pouvoir raconter l'épopée de cet objet à leurs proches, une fois qu'il aura pris place dans leur salon. Et moi je restais tétanisé, subjugué et à la fois fier de la prestation de mon grand-père, car au moment où ces touristes sont rentrés dans son Bazar, ils n'avaient, a priori, aucune envie d'acheter un objet de valeur, mais de simples babioles en souvenir de leur périple au Maroc. Et comment vont-ils faire pour transporter un objet aussi volumineux, eux qui sont venus à quatre en R16, ou en bus? Qu'à cela ne tienne! "Laissez-moi votre adresse" leur disait-il, "et je vous expédie cela chez vous, sous quinzaine. D'ailleurs, regardez tous ces colis, ils partent pour Marseille demain matin". Et voilà! Le deal était conclu et les touristes étaient heureux d'être aussi bien servis. Mais ils ne repartiront pas avant d'avoir siroté un verre de thé préparé par ma Grand-mère, Lalla Tam, accompagné de cornes de gazelles juste arrivées du "Ferrane". Une fois les clients partis, Haj ALAMI, c'est comme ça qu'on l'appelait, revenait à ses amis qui ne s'étaient même pas aperçus de son absence, tellement ils étaient absorbés par leur débat. Et ça repartait autour d'un énième verre de thé et un autre thème, en attendant l'arrivée d'un autre client ou d'un groupe de touristes. Tiens il est déjà 13h00, et mon copain, n'est pas encore venu, il n'a même pas appelé pour s'excuser. Pourtant, ce n'était pas son genre de planter les gens, alors je me décide de lui passer un coup de fil avant de me lever. IL avait une excuse, il a raté son avion qui devait le ramener de Beyrouth, où il était en déplacement depuis quelques jours, alors on a remis cela à lundi matin dans son bureau cette fois-ci.


Pour ma part, je n'ai eu aucun regret, cette attente m'a permis de replonger dans mon enfance et de revivre ces instants magiques aux côtés de mon Grand-père, que Dieu ait son âme. D'ailleurs et si, l'occasion m'est donnée, je vous raconterai, volontiers, quelques anecdotes de cette période de mon enfance, les réunions hebdomadaires familiales entre hommes, celles entre femmes, le rituel annuel de préparation du "khlii", celui de la distillation de l'eau de rose et d'oranger, ou encore la cérémonie de retour du "Haj". Bref! Que des moments de pur bonheur!


Bon week-end!


Rafie…Heureux!

25.11.05

Loi de finances 2006: service compris!

Mais quelle mouche a donc piqué nos législateurs en matière de loi de finances? En tout cas, ce n'est certes pas une Tsé Tsé, vu tout ce qu'ils ont pondu comme nouvelles taxes par souci de préservation des équilibres macro économiques. Et le consommateur bordel! Ce n'est pas le FMI qui va s'en préoccuper, ni l'OMC, ni même nos parlementaires qui n'ont pas bougé le petit doigt et ont voté en leur âme et conscience!
Tout a commencé il ya quelques semaines avec la divulgation (présentation au parlement oblige) des nouvelles dispositions en matière de fiscalité pour le cru 2006. On a décidé que les produits de première nécessité comme le beurre, le sucre, l'huile, le café ou encore l'eau passerait à une TVA unifiée de 20%, alors que certains étaient, jusqu'à présent soumis au taux de 7%, voire exonérés de TVA. Ensuite, et vu qu'il n'y a presque rien à privatiser, ni a gratter à la source en matière d'IGR, on a du user d'inventivité pour trouver des niches à taxer. Alors, au lieu d'instaurer un impôt sur la fortune, qui aurait allégé certains d'une surcharge pondérale appelée thésaurisation, on a du pencher pour une taxe supplémentaire sur l'infortune, du coup, on a pris le libre arbitre de "tirer sur tout ce qui bouge" (dixit Aujourd'hui le maroc). Et comme un malheur n'arrive jamais seul, les artistes peintres devront dorénavant trinquer, si par malheur ils sont obligés de faire appel à une galerie appartenant à l'état pour exposer leur état d'âme! Et Monsieur Achaâri, notre ministre de la culture trouve cela de bonne guerre, Selon lui, cette décision concerne uniquement ceux qui veulent vendre : «C’est tout à fait normal, puisque le ministère offre des services, ils ne peuvent pas faire un commerce sans payer quelque chose en contrepartie». Mohamed Achaâri affirme que cette décision est tout à fait justifiée. Un avis que les artistes sont loin de partager. Connaissez-vous des artistes qui exposent pour l'amour de l'art et n'attendent rien d'autre que de voir s'extasier les officiels et autres visiteurs du dimanche sur leurs toiles, sans intention d'en acheter? Et de quoi vivront-ils sinon de leur art? Arrêtez de nous bassiner avec cette langue de bois qui ne fait que conforter l'opinion que la majorité des marocains ont sur leurs gouvernement. Vient ensuite la bourse qui a connu depuis 2000 une certaine paix fiscale et qui lui a valu de renaître de ses cendres. Voilà qu'on a décidé maintenant qu'à partir du 1er janvier 2006, plus d'abattements fiscaux sur les plus values réalisées sur la cession des actions en bourse. En clair, que vous soyez "zinzins" (investisseurs institutionnels), entreprises cotées ou simples boursicoteurs du dimanche, vous devrez passer à la caisse à chaque transaction. Une belle initiative au moment où la bourse commençait à peine à reprendre des couleurs avec l'arrivée de grandes entreprises comme "Maroc Télécom" ou la "Lydec", et regagner la confiance des investisseurs. Drôle de péréquation que celle de vouloir à tout prix préserver les équilibres macro économiques en puisant dans les poches des moins favorisés économiquement. Et après cela on se plaint que le pouvoir d'achat ne décolle pas et que l'informel supplante et de loin l'économie dite formelle! Mon œil! Et comme une taxe peut en cacher une autre, on s'attaque également à une niche exotique en la personne des serveurs de cafés. En clair! Tout pourboire perçu par ces pauvres bougres devra faire l'objet d'une retenue par le patron au profit du fisc! J'en reviens pas! C'est probablement une nouvelle trouvaille du département des finances pour pouvoir financer de nouvelles galeries d'exposition pour taxer les artistes! Et que disent nos élus parlementaires qui sont sensés nous représenter au sein de l'hémicycle et défendre nos intérêts, vu que nous les avons élu pour cela? Et bien, ils applaudissent et votent à la majorité ces nouvelles dispositions de la loi de finances 2006, sans déposer ni motion, ni même une petite résistance juste pour la forme! Il est vrai, que parmi eux, il n'y a ni financiers, ni serveurs de café, ni artistes, et que, grosso modo, ces dispositions ne les touchent pas directement. Alors où est le mal?


Rafie...après le métro, c'est grand taxé!

24.11.05

Le nouveau code de la route est arrivé!

Voilà, j'ai décidé de re-blogger, contre vents et marées. Après ce silence qui m'a valu la désertion de toute la blogosphère! Et pour cause, plus de spleen! Les informations et nouvelles que je publie depuis quelques semaines sur ce site n'ont pas l'air d'attirer les foules. Mais encore une fois, contre vents et marées, je continuerai à vous faire partager mes lectures! Justement en parlant de lectures, j'ai pêché ce matin sur la presse nationale la mise en garde de nos quotidiens par rapport au nouveau code de la route.

Certes, il est de bonne guerre d'informer l'opinion publique sur les dispositions prises par le gouvernement pour juguler l'hécatombe que provoque chaque année les routes dans notre pays. Ceci dit, le rôle de la presse nationale c'est aussi d'informer et de sensibiliser, mais sur ce chapitre, je ne me rappelle pas qu'on ait pris la peine d'aller dans ce sens, mis à part quelques éditoriaux et une fièvre vite contenue, mais dénuée de tout sens civique et social, pendant les quelques jours que dure une campagne de prévention insipide avec des scénarios hollywoodiens pour les spots et des images figées pour l'illustration, comme si le temps s'était arrêté durant cette campagne. Bref! Le nouveau code de la route est un bon exercice de style dans son contenu, une inspiration studieuse de ce qui se fait ailleurs. Mais ailleurs, le taux d'analphabétisme frise le zéro, l'éducation civique se fait à la maternelle, et l'apprentissage du code de la route au primaire! Comme ça quand on gaule quelqu'un il a été prévenu. Ici, faudrait le renvoyer à l'école plutôt qu'en prison pour lui faire payer sa contravention. Ceci dit! Si vous avez peur de vous faire verbaliser, ou que vous n'avez pas les moyens de payer des contraventions mirobolantes, sachant que vous pouvez ne pas être en tort, car plusieurs élément exogènes pourraient fausser la donne sur ce chapitre. Alors, faites comme moi, prenez le métro!

Rafie…tout est permis!

Le chant du désert

"Voici un texte en prose inspiré d'un post qu'avait publié kb en juillet dernier, vous trouverez le texte original ici: Le chant du Muezzin
Merci kb pour tes posts, tu nous manques déjà. Reviens-nous vite!"

C’est le jour que le soleil se repaît d'une morsure granitique à trancher le flanc d'un erg. La faim de l'ogre n’est rien au plaisir qui gémit en silence, lorsque les portes du désert ouvrent l’infini du regard où s’échappent tous les secrets. Quelle ligne de dune mène vers demain ? Un souvenir d’enfance ou une blessure d’Eve ? Étouffante d’instants éphémères jetés en pitance à l’insaisissable de la folie.
C’est le jour que se parent les chimères de toutes les peurs pour la procession frénétique des élans de nos délires, à vibrer la membrane fragile du désespoir des hommes. Le soleil n’est qu’un leurre qui occupe le temps à décompter nos instants.
C’est le jour que les âmes, encore emprisonnées dans un corps en offrande à Hadès, se meurent à la mémoire qu’ils farfouillent de leurs doigts d’ivraie à la recherche des miettes de nos essences vraies. La vie n’est qu’un leurre. Au chevet du grabataire, le jour au visage immaculé conte la douleur.
C’est le jour qui détale au rythme de l'Amzad*, un mirage improvisant de belles arabesques à la gloire d'une femme, éparpillant nos rêves à l'emprise du zénith lorsque l’espoir s'en va. La lune est un leurre car le jour n’est pas loin. Caché sous les pierres, il reviendra demain. Mais, serais-tu là encore demain?

Rafie…apprenti!

*Instrument favori des femmes Touarègues, il s'appelle Imzad au nord et Amzad au sud.